Les 5 Eyes, 9 Eyes et 14 Eyes désignent plusieurs cercles de coopération entre services de renseignement. Ils réunissent des pays qui échangent certaines informations, analyses et capacités techniques, principalement dans le domaine du renseignement d’origine électromagnétique.
Ces trois groupes ne possèdent cependant ni la même origine, ni le même niveau d’intégration. Les Five Eyes constituent le noyau historique. Les Nine Eyes et les Fourteen Eyes élargissent la coopération à plusieurs partenaires européens, sans leur accorder nécessairement le même accès aux renseignements.
Ces alliances intéressent aussi les utilisateurs de VPN, car le pays dans lequel un fournisseur est établi détermine les lois auxquelles il peut être soumis. La juridiction ne suffit toutefois pas à mesurer la confidentialité réelle d’un service.
Les alliances Five Eyes, Nine Eyes et Fourteen Eyes
Les 14 pays associés aux différents cercles de coopération
Origine, membres, organisation et niveau d’intégration
Juridiction, conservation des données et protection de la vie privée
Que sont les Five Eyes ?
Les Five Eyes, également appelés FVEY, réunissent cinq pays anglophones :
- les États-Unis ;
- le Royaume-Uni ;
- le Canada ;
- l’Australie ;
- la Nouvelle-Zélande.
Cette coopération trouve son origine dans les relations établies entre les services américains et britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. La signature de l’accord BRUSA, devenu par la suite l’accord UKUSA, le 5 mars 1946 a formalisé cette collaboration. Le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont ensuite rejoint le dispositif.
Les Five Eyes constituent un partenariat particulièrement étroit. Les cinq pays coopèrent dans le renseignement, la cybersécurité, la défense et l’analyse des menaces. Ils peuvent partager des informations, des technologies, des méthodes et certaines capacités opérationnelles. Des initiatives communes continuent d’ailleurs d’être lancées par leurs services de renseignement et leurs agences de cybersécurité.
L’expression Five Eyes provient d’un marquage utilisé sur certains documents classifiés. La mention « Eyes Only » indiquait les pays dont les représentants étaient autorisés à consulter le contenu.
Que sont les Nine Eyes ?
Les Nine Eyes reprennent les cinq membres des Five Eyes et ajoutent quatre pays européens :
- la France ;
- le Danemark ;
- les Pays-Bas ;
- la Norvège.
Les Nine Eyes correspondent à un cercle élargi de coopération. Les quatre partenaires supplémentaires peuvent participer à certains échanges ou programmes, mais ils ne bénéficient pas nécessairement du même niveau d’accès que les cinq membres historiques.
Que sont les Fourteen Eyes ?
Les Fourteen Eyes, ou 14 Eyes, réunissent les neuf pays précédents auxquels s’ajoutent :
- l’Allemagne ;
- la Belgique ;
- l’Italie ;
- l’Espagne ;
- la Suède.
L’appellation Fourteen Eyes est généralement associée au SIGINT Seniors Europe, ou SSEUR. Ce cadre réunit les Five Eyes et neuf partenaires européens autour d’échanges liés au renseignement d’origine électromagnétique.
Il ne faut toutefois pas imaginer les Fourteen Eyes comme une organisation unique dans laquelle chaque membre aurait automatiquement accès à toutes les informations détenues par les treize autres. La coopération dépend des opérations, des accords conclus et du niveau de confiance accordé à chaque partenaire.
Quelles différences entre les 5 Eyes, 9 Eyes et 14 Eyes ?
La différence entre ces groupes ne tient pas seulement au nombre de pays. Elle concerne surtout leur origine, leur organisation et le degré de coopération entre leurs membres.
Les Five Eyes constituent le noyau historique
Les Five Eyes reposent sur une coopération institutionnelle ancienne issue de l’accord UKUSA. Les cinq membres partagent des relations particulièrement étroites, notamment dans les domaines du renseignement électromagnétique, de la cybersécurité et de la défense.
Le Canada décrit cette relation comme un partenariat cryptologique ancien permettant de mutualiser des connaissances, des technologies et des capacités importantes.
Les Nine Eyes forment un cercle de partenaires privilégiés
Les Nine Eyes ajoutent quatre pays européens au noyau historique. Ces partenaires peuvent accéder à certains échanges ou participer à des programmes communs, mais leur intégration n’est pas nécessairement identique à celle des Five Eyes.
Les Nine Eyes ne doivent donc pas être considérés comme de nouveaux Five Eyes à neuf membres.
Les Fourteen Eyes constituent le réseau le plus large
Les Fourteen Eyes étendent la coopération à cinq autres pays européens. Leur rôle est davantage lié à la coordination et au partage ciblé de renseignements qu’à une intégration complète des systèmes et capacités.
Plus le cercle s’élargit, plus le niveau d’accès peut varier selon les membres. Les Fourteen Eyes représentent donc le groupe le plus étendu, mais pas le plus intégré.
Les trois groupes se distinguent par leurs membres, leur origine et leur niveau de coopération.
| Groupe | Pays membres | Organisation | Niveau d’intégration |
|---|---|---|---|
| Five Eyes | États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande | Noyau historique issu de l’accord UKUSA | Très élevé |
| Nine Eyes | Five Eyes, France, Danemark, Pays-Bas et Norvège | Cercle élargi de partenaires privilégiés | Intermédiaire |
| Fourteen Eyes | Nine Eyes, Allemagne, Belgique, Italie, Espagne et Suède | Réseau européen plus large associé au SSEUR | Variable |
Comment fonctionne le partage de renseignements ?
Les alliances sont historiquement liées au SIGINT, ou renseignement d’origine électromagnétique. Ce domaine comprend l’interception et l’analyse de communications, de transmissions et d’autres signaux électroniques.
La coopération peut porter sur :
- l’espionnage étranger ;
- les cyberattaques ;
- le terrorisme ;
- les opérations militaires ;
- les ingérences étrangères ;
- la prolifération d’armes ;
- les menaces contre les infrastructures ;
- les réseaux criminels internationaux.
Les pays peuvent partager des renseignements déjà analysés, des informations brutes, des outils techniques ou des évaluations de menaces. Ils organisent également des opérations, des exercices et des initiatives communes.
Chaque membre reste cependant soumis à ses propres lois. La participation à une alliance n’efface pas les règles nationales concernant les autorisations, le contrôle judiciaire ou la protection des citoyens.
Pourquoi ces alliances soulèvent-elles des inquiétudes ?
Le principal sujet de préoccupation concerne le partage international de données collectées par les services de renseignement.
Ces données peuvent comprendre le contenu de communications, mais aussi des métadonnées telles que :
- les adresses IP ;
- les heures de connexion ;
- la durée des échanges ;
- l’identité des correspondants ;
- les identifiants techniques ;
- la localisation approximative d’un appareil.
Les métadonnées ne révèlent pas nécessairement le contenu d’une conversation. Elles peuvent néanmoins permettre de reconstituer les habitudes, les déplacements et les relations d’une personne lorsqu’elles sont croisées avec d’autres informations.
La coopération internationale pose également la question du contournement indirect des protections nationales. Un service étranger peut parfois recueillir une information qu’un autre pays aurait eu plus de difficulté à collecter directement. Cela ne signifie pas que tout partage constitue un contournement illégal, mais l’opacité de certains accords rend leur contrôle difficile.
Les documents révélés par Edward Snowden à partir de 2013 ont attiré l’attention du public sur l’ampleur des programmes de surveillance électronique et sur la circulation des renseignements entre agences partenaires.
Quel rapport entre les 14 Eyes et les VPN ?
Un fournisseur de VPN est soumis aux lois du pays dans lequel son entreprise est établie. Cette juridiction détermine notamment les demandes auxquelles il peut être tenu de répondre et les autorités susceptibles de lui réclamer des informations.
Lorsqu’un VPN est installé dans un pays membre des 5 Eyes, 9 Eyes ou 14 Eyes, il se trouve directement soumis à la législation d’un État participant à ces réseaux de partage de renseignements. Cette situation peut représenter un risque supplémentaire pour les utilisateurs qui recherchent le niveau de confidentialité le plus élevé.
Le fournisseur ne peut cependant transmettre que les données qu’il possède. La portée d’une demande dépend donc également de sa politique de conservation des journaux.
Pourquoi privilégier un VPN situé hors des 14 Eyes ?
À niveau de qualité comparable, il est préférable de choisir un VPN établi hors des alliances des 5, 9 et 14 Eyes.
Cette localisation présente plusieurs avantages :
- le fournisseur n’est pas directement soumis à la juridiction d’un pays membre ;
- il est moins exposé aux mécanismes de coopération entre ces services de renseignement ;
- certaines juridictions extérieures n’imposent pas de conservation généralisée des données ;
- les demandes étrangères peuvent être plus difficiles à faire appliquer directement.
Des fournisseurs choisissent ainsi des juridictions comme le Panama, la Suisse, la Roumanie ou les îles Vierges britanniques afin de bénéficier d’un cadre plus favorable à la confidentialité.
La localisation reste néanmoins une première protection juridique. Elle doit être accompagnée de pratiques techniques suffisamment solides.
Quels critères vérifier en plus de la juridiction ?
Une véritable politique no-log
Le fournisseur ne doit pas conserver les éléments permettant de relier un utilisateur à son activité en ligne, notamment :
- l’historique de navigation ;
- les requêtes DNS ;
- l’adresse IP d’origine ;
- l’adresse IP attribuée par le VPN ;
- les horaires détaillés de connexion ;
- les volumes de données associés à un compte précis.
Certaines informations administratives, comme l’adresse électronique ou les données nécessaires au paiement, peuvent toutefois être conservées.
Des audits indépendants
Un audit externe permet de vérifier si l’infrastructure et les pratiques du fournisseur correspondent réellement à sa politique de confidentialité.
Une simple déclaration « sans journaux » est moins convaincante qu’une politique régulièrement contrôlée par un organisme indépendant.
Une entreprise identifiable
Le fournisseur doit indiquer clairement :
- le nom de la société qui exploite le service ;
- son pays d’enregistrement ;
- sa maison mère éventuelle ;
- les autres marques qu’elle possède.
Une structure opaque peut rendre difficile l’identification de la juridiction réellement applicable.
Une infrastructure sécurisée
Le service doit également proposer :
- des protocoles de chiffrement modernes ;
- une protection contre les fuites DNS ;
- un Kill Switch ;
- des applications régulièrement mises à jour ;
- une gestion sécurisée de ses serveurs.
La juridiction protège contre certains risques juridiques, tandis que l’infrastructure protège la connexion elle-même.
Deux VPN établis hors des alliances Eyes
NordVPN : une juridiction au Panama
NordVPN opère sous la juridiction du Panama, qui ne fait partie ni des 5 Eyes, ni des 9 Eyes, ni des 14 Eyes. Cette localisation constitue un avantage important pour les utilisateurs qui souhaitent limiter l’exposition de leur fournisseur aux réseaux internationaux de partage de renseignements.
Le service n’enregistre pas l’activité en ligne de ses utilisateurs. Sa politique de non-conservation a également fait l’objet de plusieurs vérifications indépendantes, dont une nouvelle mission d’assurance réalisée par Deloitte à la fin de 2025.
ExpressVPN : une juridiction aux îles Vierges britanniques
ExpressVPN est établi aux îles Vierges britanniques, une juridiction extérieure aux alliances des 5, 9 et 14 Eyes. Les demandes légales concernant les données du fournisseur sont donc soumises aux lois locales, et non directement à celles d’un pays membre de ces alliances.
ExpressVPN ne conserve ni historique de navigation, ni destination du trafic, ni requêtes DNS, ni adresse IP associée aux connexions de ses utilisateurs. Sa politique de confidentialité et sa technologie de serveurs ont fait l’objet d’audits indépendants.
NordVPN ou ExpressVPN : lequel privilégier pour la confidentialité ?
Les deux fournisseurs présentent le même avantage principal dans le cadre de cet article : ils sont établis hors des alliances Eyes.
NordVPN se distingue par sa juridiction panaméenne et par les vérifications répétées de sa politique no-log. ExpressVPN s’appuie sur la juridiction des îles Vierges britanniques, une politique de non-conservation auditée et une infrastructure conçue pour limiter la persistance des données.
Le choix dépendra ensuite de critères qui dépassent la juridiction, comme les performances, les fonctionnalités, les appareils compatibles et le prix. Pour la confidentialité, les deux services réunissent les éléments essentiels recherchés ici :
- siège hors des alliances Eyes ;
- politique no-log ;
- audits indépendants ;
- protection contre les fuites ;
- Kill Switch ;
- applications régulièrement mises à jour.
Un VPN hors des 14 Eyes garantit-il l’anonymat ?
Être établi hors des alliances des 5, 9 et 14 Eyes constitue un avantage juridique, mais cela ne garantit pas un anonymat total.
Un VPN chiffre la connexion entre votre appareil et son serveur. Votre fournisseur d’accès ne voit plus directement les sites consultés, tandis que ces sites voient généralement l’adresse IP du serveur VPN.
Il ne masque toutefois pas automatiquement :
- l’identité utilisée pour se connecter à un compte ;
- les informations communiquées à une plateforme ;
- les cookies enregistrés dans le navigateur ;
- l’empreinte numérique de l’appareil ;
- les données conservées par les services en ligne ;
- les logiciels espions présents sur l’appareil.
La juridiction protège donc contre certains risques liés aux demandes gouvernementales, tandis que les réglages du navigateur et les habitudes de l’utilisateur influencent les autres formes de suivi.
Questions fréquentes sur les 5 Eyes, 9 Eyes et 14 Eyes
Les réponses essentielles sur les alliances de renseignement, la juridiction des VPN et la protection de la vie privée.
Quelle est la différence entre les 5 Eyes, 9 Eyes et 14 Eyes ?
Les Five Eyes constituent le noyau historique et le plus intégré. Les Nine Eyes ajoutent quatre partenaires européens, tandis que les Fourteen Eyes élargissent encore la coopération à cinq autres pays.
Quels pays font partie des 14 Eyes ?
Les Fourteen Eyes regroupent les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la France, le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et la Suède.
Pourquoi la juridiction d’un VPN est-elle importante ?
Elle détermine les lois auxquelles le fournisseur est soumis et les autorités susceptibles de lui demander les informations qu’il conserve.
Faut-il privilégier un VPN situé hors des 14 Eyes ?
Oui, lorsque les autres critères sont comparables. Une juridiction extérieure réduit l’exposition directe du fournisseur aux réseaux de coopération des 5, 9 et 14 Eyes.
NordVPN fait-il partie des 14 Eyes ?
Non. NordVPN est établi au Panama, un pays qui ne fait partie ni des 5 Eyes, ni des 9 Eyes, ni des 14 Eyes.
ExpressVPN fait-il partie des 14 Eyes ?
Non. ExpressVPN est établi dans les îles Vierges britanniques, qui ne participent pas aux alliances des 5, 9 et 14 Eyes.
Un VPN hors des 14 Eyes garantit-il l’anonymat ?
Non. Cette juridiction constitue un avantage, mais l’anonymat dépend aussi de la politique no-log, des audits, de la sécurité du service et des habitudes de l’utilisateur.
Un VPN empêche-t-il toute surveillance ?
Non. Il chiffre la connexion et masque l’adresse IP, mais il ne supprime pas les comptes connectés, les cookies, l’empreinte du navigateur ou les données fournies aux plateformes.
Ce qu’il faut retenir sur les 5 Eyes, 9 Eyes et 14 Eyes
Les Five Eyes constituent le noyau historique et le plus étroitement intégré de cette coopération internationale. Les Nine Eyes ajoutent quatre partenaires européens, tandis que les Fourteen Eyes élargissent encore le réseau à cinq pays supplémentaires. Ces trois groupes ne donnent donc pas à tous leurs membres le même niveau d’accès aux renseignements ni le même rôle dans les échanges.
Leur fonctionnement repose principalement sur le partage de renseignements, d’analyses et de capacités techniques dans des domaines comme la sécurité nationale, le terrorisme, les cybermenaces et les communications internationales. Cette coopération explique pourquoi les alliances Eyes occupent une place importante dans les débats sur la surveillance et la circulation des données entre États.
Pour les utilisateurs de VPN, l’enjeu concret est la juridiction du fournisseur. Un service établi dans un pays membre peut être soumis aux lois et aux demandes légales de cet État. À qualité comparable, privilégier un VPN situé hors des 5 Eyes, 9 Eyes et 14 Eyes, comme NordVPN au Panama ou ExpressVPN aux îles Vierges britanniques, apporte donc une protection juridique supplémentaire.
Cette localisation doit rester associée à une politique no-log vérifiée, des audits indépendants et une infrastructure sécurisée. C’est la combinaison de ces garanties qui permet de choisir un VPN réellement respectueux de la vie privée.